Pourquoi publier en autoédition ?
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Essai d'enluminure Livre II, chapitre II |
Comme chaque
lecteur peut le constater en parcourant ce blog, Corliande est un livre publié
en autoédition. Il s’agit là, bien entendu, d’un choix par défaut. Même si la
perspective d’être son propre éditeur peut attirer à bien des points de vue,
elle inclut aussi, outre pas mal de contraintes, des problèmes de distribution
évidents. Si vous êtes auteur vous-même, et tenté par une telle option, sachez
que les arguments allant à l’encontre de celle-ci ont du poids : le coût
de fabrication des livres (bien qu’avec des sites internet spécialisés dans
l’impression à la demande, celui-ci puisse être nettement réduit) ; la
difficulté de diffuser son ouvrage, donc de le faire connaître au public ;
et surtout la « mauvaise réputation » attachée à cette pratique, de
plus en plus courante pourtant, non seulement dans le domaine littéraire, mais
dans celui des œuvres éditoriales en général.
Conséquence parmi
d’autres de la crise du disque, en effet, nombre de musiciens s’autoproduisent
ou créent leur propre label. Si certains d’entre eux sont des amateurs,
beaucoup, déjà connus, possèdent une solide expérience discographique et
scénique. Les enregistrements qu’ils proposent ainsi ne sont donc en rien
inférieurs à ceux d’artistes sous contrat. Ils sont parfois meilleurs.
Or ce qui est
admis pour le disque l’est beaucoup moins pour le livre, secteur moins menacé
semble-t-il. Encore que si actuellement peu d’auteurs célèbres, en dehors de la
BD, franchissent le pas de l’autoédition, nombre d’entre eux peinent à se faire
publier. C’est dire si le simple quidam que vous êtes a de quoi espérer ! Cependant,
le fait d’avoir recours à l’autoédition peut d’emblée vous cataloguer, soit
comme la proie naïve de gens peu scrupuleux, soit comme des artistes
autoproclamés et un brin présomptueux ne daignant pas se soumettre à l’avis
éclairé des professionnels, seuls aptes à leur prodiguer de précieux conseils,
voire à corriger leurs épreuves. Sont-ils donc si infaillibles et dignes de
foi ? Leur choix est-il vraiment et systématiquement un gage de qualité ou
d’originalité ?
Il serait
simpliste de croire que tous les livres édités, donc retenus et recommandés sont
de bons livres, tandis que les autres sont forcément mauvais. La réalité est
évidemment tout autre (sans être pour autant l’exact opposé). Refusé par la
profession, vous n’êtes pas plus avancé concernant la valeur de votre travail.
Ces précieux conseils, que vous vous sentiez tout prêt à recevoir, il est à
parier que vous les attendez encore. Où sont les éditeurs disposant d’assez de
temps pour en consacrer à l’étude sérieuse de votre cas ? Le comité de lecture
se contentera de vous envoyer une lettre type, ou une appréciation des plus
sommaires justifiant son refus dans le meilleur des cas.
Mon propos n’est
pas ici de régler des comptes. Il ne faut jamais oublier que nul ne vous
demande d’écrire et que nul ne vous attend. L’éditeur est libre et aucune loi ne
l’oblige à publier votre travail, et à fortiori, à l’aimer. En supposant même,
assez hardiment, que vous ayez créé un chef d’œuvre, il n’est pas interdit de l’ignorer,
voire de penser légitimement le contraire. Le problème n’est d’ailleurs pas là.
Le talent, s’il est une condition à la publication dans le meilleur des cas, n’est
pourtant pas une garantie. Il faut bien appeler les choses par leur nom.
L’édition est avant tout un secteur commercial. Personne ne prendra le risque
de « sortir » votre livre s’il pense à l’avance qu’il ne se vendra
pas.
De là à décider
de ce qui doit plaire ou déplaire au public, il n’y a qu’un pas que les
professionnels franchissent en toute bonne foi la plupart du temps. Aucune
étude, aussi scrupuleuse soit-elle, ne me convaincra que le comportement humain
puisse être prévisible à ce point. Je n’ai pas la naïveté de minimiser
l’importance du conditionnement, auquel contribuent, précisément, ces mêmes
professionnels. Les archétypes existent de tout temps, mais les erreurs de
jugement aussi. Elles ont été nombreuses dans le passé. Pourquoi en irait-il
autrement aujourd’hui ? Pire encore, si l’on a coutume de dire que seul le
temps peut apporter une réponse définitive à l’évaluation d’une
« œuvre », je suis loin pour ma part d’en être convaincue.
Or si, malgré les
rejets, vous continuez à croire un peu en vous, si vous avez l’outrecuidance de
penser qu’à défaut d’un chef d’œuvre vous avez au moins réalisé un travail
digne d’attention, vous savez aussi que pour exister, un livre doit être
publié. Le refus des éditeurs, c’est l’oubli assuré, une porte irrémédiablement
fermée, et souvent, la difficulté pour vous de passer à autre chose. Le recours
à l’autoédition c’est donc le moyen de laisser une trace de votre travail, même
si elle est infime, ce qui d’ailleurs ne vous empêche pas de persévérer dans
vos démarches auprès des professionnels.
Pour être sincère,
je reconnais qu’il y a probablement peu d’ouvrages de qualité, ne serait-ce que
du point de vue éditorial, parmi ceux qui fleurissent sur les sites d’édition en
ligne. La facilité d’accès à ce type de publication engendre automatiquement
l’absence d’exigence et d’esprit critique (laquelle cependant n’est pas
réservée aux seuls amateurs). Je suis sûre en revanche qu’il se trouve dans le
lot de véritables perles, au sens premier du terme (donc sans jeu de mots). Comme
pour le cas des musiciens et de leurs labels personnalisés, il y a sans doute quelques
bons auteurs (j’espère bien être de ceux-là) lassés de courir les éditeurs en
vain.
Car s’il y a en
effet profusion, cela ne prouve pas qu’il s’en trouve un, ne serait-ce qu’un, pour
vous signer un contrat. Même à supposer que l’on ait la patience, l’énergie et
les moyens de les solliciter tous, sans résultat garanti, ces démarches, en
plus d’être décourageantes, deviennent vite épuisantes, et vous détournent de
votre véritable travail qui est d’écrire.
Bien sûr, on
commet souvent l’erreur de s’adresser à des éditeurs dont on pourrait présumer
le désintérêt. Les éliminer dès le début implique cependant une connaissance
assez précise de ce que recherchent ces derniers, et une estimation presque
aussi précise de vos chances de les séduire. Cela implique aussi l’idée que
votre ouvrage, dont vous aimeriez penser qu’il ne s’inscrit dans aucune « case »,
devra précisément pouvoir se loger dans au moins l’une d’entre elles. L’originalité
sans doute est de mise, à condition de ne pas dépasser d’un cadre prédéfini. La
fameuse ligne éditoriale est une notion des plus floues pour un écrivain
honnête qui, lorsqu’il écrit, ne se soucie nullement de savoir où se situe son
livre, quelle ornière il se doit de suivre pour plaire à tel ou tel et quelle
cible il est censé atteindre.
Sa singularité,
si elle est réelle, peut être son alliée autant que son ennemie. Sa situation
est complexe. Il est probablement le moins bien placé pour définir son art et
n’est pas forcément assez familier du monde de l’édition pour se diriger dans
cette jungle où, bien souvent, il ne fera que recevoir des blessures d’amour
propre. Sans se surestimer, il n’est pas pour autant préparé à de telles
désillusions. Bien sûr il doit les accepter, sachant encore une fois que
personne ne l’a obligé à exposer son « œuvre » (une parmi tant d’autres !)
Dans un tel
contexte, se diriger vers l’autoédition, devenue si aisée avec internet, est
une solution envisageable, à condition de ne pas en attendre de miracle (mais
de quoi pourrait-on attendre un miracle ?). Cela vous engage à une qualité
d’écriture, bien sûr, mais aussi éditoriale ; à faire lire et relire ses
épreuves pour en corriger les fautes autant que possible et à soigner sa
présentation. Dans l’absolu, cela pourrait bien vous contraindre à
l’excellence, car si tant de mauvais livres encombrent déjà les étals des
librairies, pourquoi y ajouter le vôtre, s’il n’est pas meilleur ? Seul
problème, vous ne pouvez guère en juger, et devez vous fier à votre instinct, à
celui de vos proches et des rares professionnels que vous côtoyez le cas
échéant.
Faire connaître votre
travail, hors d’un cercle aussi restreint, vous prendra du temps et de
l’argent. Vous ne convaincrez pas facilement de sa qualité. Mais une fois le
livre publié, vous aurez le sentiment d’avoir au moins mené à bout un projet,
ce qui n’est pas rien. Peut-être qu’avec le temps, l’autoédition aura meilleure
presse et que votre démarche suscitera l’intérêt.
Ne pas oublier que l'auto-édition est aussi très utilisée pour publier des documents d'entreprise et les « mémoires » de personnes destinées à la famille et aux amis proches. C'est un excellent moyen, pour cette dernière, de matérialiser des souvenirs et le récit d'une vie parfois riche et passionnante. Ici alors, l'éditeur professionnel n'a plus rien à dire et chacun maîtrise sa publication.
RépondreSupprimerEn tout cas, merci pour ces articles bien conçus sur ce sujet méconnu.